HOUEI-NENG - LE SOUTRA DE L’ESTRADE
HOUEI-NENG - LE SOUTRA DE L’ESTRADE
CHAPITRE VI SUR LE REPENTIR (Ksamayati)
Il y eut une fois un grand rassemblement d’étudiants et de gens du
peuple venus de Kwan-Chao, de Tchao Tchéou et de différents autres endroits pour
entendre prêcher le patriarche sur la montagne où se trouvait le
monastère.
Voyant cela, le patriarche monta en chaire et prononça le discours
suivant :
« Venez, braves gens.
En Bouddhisme, il faut débuter par
notre nature propre.
À tous moments, d’une sensation momentanée à une autre sensation
momentanée, il faut purifier notre esprit, avancer sur le sentier par nos
propres efforts, voir notre propre Corps de la Loi, réaliser le Bouddha de
notre propre esprit et nous délivrer nous-mêmes par l’observance des règles de
la discipline ;
Alors votre venue ici n’aura pas été vaine.
Puisque vous êtes tous venus de très loin, la possibilité de notre
rencontre ici prouve qu’il y a entre nous de bonnes affinités.
« À présent, asseyons-nous à la mode hindoue et, tout
d’abord, je vous parlerai du repentir abstrait. »
Disons ensemble ce qui suit :
- « Nous, disciples un tel
et un tel,
puissions-nous dans nos
sensations momentanées du passé,
du présent et de l’avenir,
être toujours exempts des
souillures de l’ignorance et de l’illusion.
Qu’il nous soit permis de
nous repentir de tous nos péchés passés
et des mauvaises actions
commises sous l’empire de l’illusion et de l’ignorance ;
puissent-ils être expiés
de suite et ne réapparaître jamais.
- « Nous, disciples un tel
et un tel,
puissions-nous dans nos
sensations momentanées du passé,
du présent et de l’avenir,
être toujours exempts des
souillures d’arrogance et de malhonnêteté. Qu’il nous soit permis de nous
repentir de nos mauvaises actions,
de notre conduite
arrogante,
de nos procédés
malhonnêtes etc., commis dans le passé.
Puissent-ils être expiés de
suite et ne réapparaître jamais.
- « Nous, disciples un tel
et un tel,
puissions-nous dans nos
sensations momentanées du passé,
du présent et de l’avenir,
être toujours exempts des
souillures d’envie et de jalousie.
Qu’il nous soit permis de
nous repentir de tous nos péchés passés
et des mauvaises actions
commises avec une pensée envieuse et jalouse. Puissent-ils être expiés tout de
suite et ne jamais réapparaître. »
- « À présent, écoutez attentivement.
Nous faisons le vœu de
délivrer un nombre infini d’êtres sensibles, émanant de notre propre pensée.
Nous faisons le vœu de
nous débarrasser des mauvaises passions inassouvies de notre propre pensée.
Nous faisons le vœu
d’apprendre les innombrables systèmes de dharmas de notre propre nature.
Nous faisons le vœu
d’atteindre la suprême bouddhéité dans notre propre nature.
- « Nous prenons
l’Illumination pour guide, car c’est la culmination du mérite et de la Sagesse.
- « Nous prenons
l’orthodoxie pour guide, car c’est le moyen suprême de nous débarrasser du
désir.
- « Nous prenons la pureté
pour guide, car c’est la plus noble qualité de l’humanité.
- « Qu’à l’avenir le
parfaitement Illumine soit notre instructeur.
- « À aucun prix nous ne
devons suivre Mârâ ni aucun autre guide hérétique.
Témoignons ceci à nous-mêmes en faisant appel aux « Trois Joyaux »
de notre nature propre, vers lesquels, Érudit auditoire, je vous conseille
d’aller.
Ce sont :
- Le Bouddha qui signifie
l’illumination.
Le dharma, la loi, qui
signifie l’orthodoxie.
Le sangha, l’Ordre
monastique, qui signifie la pureté.
- Avec notre corps
physique nous prenons refuge dans le Corps pur de la Loi de Bouddha
(Dharmakâya).
Avec notre corps physique
nous prenons refuge dans le Corps parfait de compensation ou des dons de
Bouddha (Sambhogakâya).
Avec notre corps physique,
nous prenons refuge dans
le Corps de transformation ou Corps d’incarnation de Bouddha (Nirmânakâya).
- Les gens dans l’illusion accumulent des mérites imparfaits –
pour des renaissances favorables en ce monde ou dans des mondes supérieurs –
mais ils ne foulent pas le Sentier.
Ils sont sous l’impression qu’accumuler des mérites et marcher sur
le Sentier sont une seule et même chose.
Leurs mérites par dons d’aumônes et d’offrandes sont cependant
infinis, mais ils ne se rendent pas compte que la source ultime du péché réside
dans les trois éléments empoisonnés de leur propre esprit.
Ils espèrent expier leurs péchés en accumulant des mérites, sans
savoir que les félicités obtenues dans les vies futures n’ont rien à faire avec
l’expiation des péchés.
Pourquoi ne pas nous débarrasser du péché dans notre propre esprit
?
- Ce serait alors le vrai repentir, celui dans
notre nature propre.
Un pécheur qui comprend soudain ce qui constitue le vrai repentir
dans l’École du Grand Véhicule (Mahâyâna) et qui cesse de faire le mal, mettant
en pratique la droiture, est libéré du péché.
Celui qui marche sur le Sentier et veille constamment sur sa
nature propre peut être mis au rang des divers Bouddhas.
Nos patriarches n’ont transmis aucun autre système de Loi que
celui du « Système subit ».
Puissent tous ceux qui nous suivent voir face à face leur nature
propre et se trouver subitement avec les Bouddhas.
Si vous vous mettez à chercher le Corps de la Loi, voyez-le
par-delà les choses, les formes et les phénomènes, et alors votre esprit sera
pur. Exercez-vous de façon à voir votre nature propre face à face et ne
fléchissez pas, la mort peut venir soudainement mettre une fin brutale à votre
existence terrestre.
Ceux auxquels il arrivera de comprendre l’enseignement du Grand
Véhicule et qui seront capables de réaliser leur nature propre, devraient
révérencieusement joindre leurs mains en signe de respect et chercher, avec
ferveur, le Corps de la Loi.
Le patriarche ajouta alors :
- « Érudit auditoire, vous
devriez réciter cette stance et la mettre maintenant en pratique.
Si, après l’avoir récitée, vous êtes capables de comprendre votre
propre nature, vous pouvez vous considérer comme étant toujours en ma présence,
même si vous vous trouvez à mille lis de moi.
Mais si vous en êtes incapables, même si nous sommes face à face,
nous sommes réellement séparés de mille lis :
- En ce cas à quoi cela
servirait-il de prendre la peine de venir jusqu’ici d’aussi loin ?
Prenez bien soin de vous-mêmes.
Au revoir. »