LANKAVATARASUTRA

 LANKAVATARASUTRA

(Le monde extérieur était une perception au sein de leur esprit)

Shikshânanda

P. Carré

 

Hommage aux Bouddhas et aux Bodhisattvas

 

Les yeux posés sur les vagues,

il les regardait se former,

et vit que la Conscience fondamentale (âlayavijnâna)

était un océan

qu’agitait le vent de la sphère des objets

en soulevant la houle des consciences dérivées (pravrttivijnâna).

 

 - « La nature de l’esprit est le Trésor du Dharma :

- Insubstantielle, il n’y est pas d’impuretés ;

Puisse le Bouddha le proclamant nous enseigner cela même que connaît la sagesse de sa réalisation !

 

Les qualités positives se rassemblent pour former votre corps dans la paix et la félicité constante de la sagesse de votre réalisation ;

Puissiez-vous, qui vous métamorphosez comme bon vous semble, entrer dans la citadelle de Lanka.

Vénéré des mondes, vous êtes resté sept jours au fond de l’océan où vivent les monstres marins, puis vous êtes ressorti du palais des dragons pour, paisible et recueilli, rejoindre le rivage.

Moi, mes musiciennes, et les Yakshas qui m’entourent, dont Shuka et Sarana, les plus sages de l’assemblée, tous, du fait de vos bénédictions, nous vous avons rejoint, ô Ainsi-Venu, et nous sommes descendus de notre palais pour rendre hommage à celui que les mondes vénèrent.

 

Que le Bouddha ait pitié de l’innombrable peuple des Yakshas en entrant dans la ville ornée de joyaux pour y enseigner ce merveilleux accès au réel !

Hommes et femmes, les Yakshas ont soif du Grand Véhicule :

 - Ils ont foi dans le Mahâyâna et aiment y amener les autres.

 

O vénéré sans supérieur, pour le bien de tous les Râkshasas, Oreilles en Jarre et ceux de son clan, entrez donc à Lanka !

 

J’honore les Bouddhas, comme je les ai honorés et les honorerai toujours :

 - J’aimerai de vous entendre le Dharma que vous avez-vous-même réalisé, l’Eveil du Grand Véhicule.

Que le Bouddha ait pitié de moi et de tous les Yakshas en entrant à Lanka avec les Bodhisattvas.

Mon palais volant, mes musiciennes et toutes ses guirlandes, de même que mes charmants parterres d’Açokas, acceptez-en par compassion l’offrande !

 

O Bouddhas et Bodhisattvas, il n’est rien que je ne souhaite vous abandonner.

Faites de moi votre serviteur, et toutes ces offrandes, acceptez-les par compassion. »

 

Il se demanda ;

- Qui donc écoutait ces enseignements ?

Qui contemplait toutes ces choses ?

Où sont passés les Bouddhas, les mondes, les citadelles, les forêts sur les montagnes de pierreries ?

Etait-ce un rêve, une fantasmagorie,

une cité de mangeurs de parfums,

une berlue, un mirage,

ce rêve où une femme stérile met au monde un enfant,

ou encore le cercle de feu dessiné par un brandon qui tourne ?

 

Telle est l’essence de toutes choses, se dit-il :

 - Un monde d’objets qui ne sont que des fictions conçues par chacun.

Au cœur de la méprise, les êtres ordinaires ne peuvent pas le comprendre.

Il n’y a pas de sujet qui voit ni d’objet vu.

Il n’y a pas de sujet qui enseigne ni d’objet enseigné.

 

Voir un Bouddha et l’écouter enseigner le Dharma, ce ne sont que des idées.

Ne pas être un sujet qui voit un Bouddha, objet vu, et ne pas inventer de fiction, c’est cela « voir ».

 

Le Bouddha dit au roi :

 - « Seigneur de Lanka, comment ne voyez-vous pas que, à propos d’objets impermanents et destructibles comme les vases, par exemple, les êtres ordinaires conçoivent, en se trompant, toute une variété d’idées fictives ?

Ce sont là des fictions ordinaires, rien de ce que la sublime Sagesse voit !

Les êtres ordinaires se laissent prendre par la multiplicité des apparences, et non ceux qui ont atteint la réalisation.

 

Seigneur de Lanka, il suffit d’une seule graine pour produire une pousse, une tige, des branches et des feuilles, puis des fleurs et des fruits dont on ne peut dénombrer toutes les particularités :

 - Ainsi en est-il des réalités extérieures.

Quant aux réalités intérieures, il n’en est pas autrement :

 - L’ignorance crée les circonstances nécessaires à l’émergence des agrégats et des domaines, toutes choses, où les êtres naissent dans les destinées qui forment les trois mondes et où la souffrance te le bonheur, la beauté et la laideur, la parole et le silence, la marche et l’arrêt sont des choses très différentes.

 

Seigneur de Lanka, les êtres qui animent les mondes sont comparables à des personnages de fantasmagories, mais les êtres ordinaires et les non-bouddhistes ne parviennent pas à le comprendre.

Qui voit ainsi, Seigneur de Lanka, voit correctement. 

 

De même, réalités et irréalités ne sont guère que des fictions et, en tant que telles, il est impossible de s’en libérer.

Chercher à y renoncer, cela n’apporte qu’un regain d’erreur et de vanité, en aucun cas l’Extinction dans la Paix ;

Cette Extinction est unification et celle-ci mène à la plus haute extase où jaillit la Sublime Sagesse de la réalisation intérieure dont le champ d’expérience n’est autre que la Nature de Bouddha. »

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